Liszt, « Christ de la musique »

L’amour du prochain animait tout son être, et ce d’une manière si entière que bien des gens qui jugent que l’amour chrétien peut avoir des limites n’arrivaient pas à le comprendre ni à comprendre sa conduite. Qu’il fût prêt à assister les dignes comme les indignes, qu’il ne se demandât jamais sur quel sol sa semence tombait ni ses bontés allumaient ne fût-ce que la plus petite étincelle d’amour, voilà qui était évidemment incompréhensible pour les gens du commun. Cosima Wagner au sujet de Franz Liszt 

Quel beau manifeste ! Tout le crédo de Liszt se tient en effet là, au delà des limites ordinaires de l’humanité ; et il s’agit bien chez Liszt du même message depuis le début de sa vie de musicien, celui du serviteur-protecteur des artistes et des arts – à l’image du Christ qu’il a si bien servi […].



Habité depuis toujours par une foi inébranlable, Franz Liszt mettait ses oeuvres religieuses au centre de sa production. Dès son plus jeune âge, las d’entendre de médiocres mélodies résonner dans les églises, il avait voulu « régénérer » la musique religieuse. Le grand public sait-il aujourd’hui qu’il a laissé plusieurs messes, deux oratorios et des dizaines de motets qui comptent parmi ses meilleures pages ? 

Avec Christus, il offre à son oeuvre sa « coupole de Saint-Pierre ». Rappelons-nous du testament de 1860, où le musicien affirmait que “la folie” de la Croix avait porté sa vie entière. “Je mourrai l’âme attachée à la Croix, notre rédemption, notre suprême béatitude”, ajoutait-il. […]

Il faut donc considérer cette œuvre, exceptionnelle à plus d’un titre, en premier lieu comme le résultat d’un parcours intérieur commencé dès la jeunesse, ensuite comme une offrande de la part de celui des musiciens qui a tant offert, à celui des hommes qui a tant souffert – don d’amour musical du plus doué des hommes artistes de sa génération.

« Oratorio d’après les textes latins de la sainte Bible et de la liturgie catholique”, écrit Liszt en frontispice de sa monumentale fresque. Constitué des trois parties, la naissance (“Oratorio de Noël”), la vie du Christ (“Après l’Epiphanie”), la Passion et la Résurrection, et formant quatorze épisodes, il s’affirme ainsi comme une véritable “messe orchestrale et chorale” aux dimensions inédites […].

Extrait de Franz Liszt ou la Dispersion magnifique, Jean-Yves Clément, Actes Sud.

Son modèle ? Le chant grégorien, le latin et la polyphonie de la RenaissanceLiszt opère, dans ses oeuvres religieuses, une subtile alliance entre tradition et modernité en cherchant dans la musique du passé des germes de modernité, impérissables, qu’il exploite et régénère en les intégrant à son propre langage. En un mot : il réussit à regarder vers le passé et l’avenir, à être traditionaliste et progressiste à la fois. C’est sans doute ce qui rend sa musique aujourd’hui si moderne.

Extrait d’un article paru dans le journal La Croix par Nicolas Dufetel.

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