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L'Orient de Liszt

Les Lisztomanias 2018

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Les Lisztomanias,

des instants forts autour du romantisme de Liszt...

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(Franz Liszt à George Sand, 30 mai 1844)

« Si, au mois d’août, vous étiez encore à Nohant,

nous pourrions réaliser notre ancien projet de Festival à Châteauroux. »

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« J’aime Franz, c’est une partie de mon propre sang »

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Lisztomanias de Châteauroux 2018

17ème édition

« L’Orient de Liszt »

De Tchaikovsky à Debussy

19 au 27 octobre 2018

« Je suis fatigué de l’Occident ; je voudrais respirer des parfums, me réchauffer au soleil,
échanger la fumée du charbon de terre contre la douce fumée du narguilé.
Bref, j’ai soif d’Orient ! O mein Morgenland ! »
Franz Liszt, Lettre à Franz Schober, 29 août 1840

 

« L’Orient de Liszt » est une métaphore de l’esprit sans limite de Liszt. Pour autant, ce thème exprime aussi une réalité : les concerts qu’il donna devant le grand Sultan, à Constantinople (Istanbul) en 1847, au terme de sa « période de gloire », et qui sonna la fin de sa carrière de virtuose, après 10 ans de succès ininterrompus : environ 10 000 concerts et 100 000 kms parcourus dans toute l’ancienne Europe… 

Mais l’Orient, c’est aussi la métaphore de l’Ailleurs pour tous les romantiques, de Chateaubriand à Hugo, en passant par Lamartine, Nerval, Gautier, Flaubert ou Delacroix ; un exotisme de l’être et un goût pour de nouveaux territoires, esthétiques comme métaphysiques. Schlegel écrit déjà en 1800, qu’il faut chercher en Orient le « suprême romantisme » — vœu très lisztien…

Enfin, l’Orient, c’est également pour Liszt celui de l’Est et des pays proches du monde ottoman, ainsi que celui de la Russie et de ses musiciens, tels Borodine (qu’il fréquenta et apprécia), Tchaikovsky, Balakirev ou d’autres ; un Orient plus lointain encore marqua quant à lui Debussy, dont nous célébrons en 2018 les 100 ans de la mort, et qui fut sans doute autant influencé par Liszt qu’il le fut par Chopin.

Autant de chemins différents qui assurent à cette édition une richesse très… orientale ! »

Jean-Yves Clément, Directeur artistique
Nicolas Dufetel, Conseiller musical et historique



Le mot du directeur artistique

Jean-yves-clement-2Liszt est selon moi davantage qu’un grand génie de la musique, fût-il encore méconnu et réduit hélas la plupart du temps à quelques clichés simplistes, voire fallacieux – tel celui de roi des pianistes, quand il fut plutôt le roi des artistes.

Liszt est un phare tourné vers l’infini et un démiurge dont les valeurs convoquent les nôtres et les mesurent. Il est le grand phénomène de la musique romantique par son envergure et sa puissance visionnaire qui traversent le siècle.

Oublions un temps l’interprète planétaire avant l’heure, inventant la forme solaire du récital et faisant rayonner à travers elle les musiques de ses contemporains ; oublions aussi le compositeur aux formes poétiques si ouvertes, fréquentant passionnément les autres arts pour fertiliser le sien ; oublions encore le chef d’orchestre à l’attitude révolutionnaire et l’enseignant de légende dispensant gracieusement son savoir ; oublions enfin l’écrivain poète et iconoclaste brocardant à l’envi les critiques et les bourgeois assoupis de l’époque …

Certes, ces facettes magnifiques, cette profusion incomparable demandent à être appréciées à leur juste valeur — connaît-on ainsi aujourd’hui les profondeurs bouleversantes de sa musique religieuse ou les splendeurs raffinées de ses nombreux lieder ?

Mais ce que j’aimerais louer avant tout en ces temps obscurs, c’est l’homme de cœur incomparable offrant d’innombrables concerts de bienfaisance, ou le messager formidable, véritable tzigane de l’âme portant infatigablement la bonne parole musicale à travers l’Europe.

La mission de l’artiste, écrit-il à 24 ans, est « d’exprimer, de manifester, d’élever et de diviniser le sentiment humanitaire sous tous ses aspects ». Paroles de beauté, paroles d’humanité, les deux se confondant chez Liszt dans un même credo. Pour aimer, il faut essaimer, nous dit Liszt, c’est-à-dire rendre le don qui nous a été fait en le multipliant à notre tour.

Lamartine déclarait au cours d’un toast porté à l’honneur de Liszt : « Ce n’est pas son génie que je vous propose aujourd’hui de saluer ; c’est sa bonté, sa prodigalité de bienfaisance envers les classes souffrantes de ce peuple, qu’il aime, et qu’il va chercher dans ses infirmités et dans ses misères, pour lui porter en secret la dîme de son talent, la dîme de sa propre vie, car il met de sa vie dans son talent. » Soyons honorés aujourd’hui de servir cet homme qui servit si généreusement les hommes de son temps.

En 1835, Liszt réclamait comme condition préalable à la formation de l’artiste « l’amélioration de l’être humain ». Presque 180 ans plus tard, formons le vœu qu’il soit enfin entendu.

Jean-Yves Clément – Directeur Artistique du festival

Commissaire général de l’Année Liszt en France (2011)
Auteur de Franz Liszt ou La Dispersion magnifique (éd. Actes Sud, 2011)

Le mot du Président

Depuis 2002, les Lisztomanias de Châteauroux développent chaque année fin octobre, la puissance de l’humanisme romantique autour de l’un des aspects de la vie et de l’œuvre de Franz Liszt, musicien le plus ouvert sur le monde, génie multiple, européen avant l’heure, esprit cosmopolite de portée universelle.

Lisztomanias

(…)

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les cœurs mortels un divin opium !

C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !

Baudelaire Les Phares (extrait)

 

Une équipe renouvelée a pris la responsabilité des Lisztomanias de Châteauroux depuis le début de 2017. C’est une charge flatteuse mais exigeante. Avec Jean-Yves Clément et Anne-Marie Delloye, le Docteur Claude-Julien Cartier a été à l’origine des Lisztomanias qu’il a portées en tant que Président avec énergie, enthousiasme et dévouement pendant quinze années. Il a imprimé la marque de sa personnalité d’homme de conviction et de grande sensibilité à un événement devenu passage obligé pour les amoureux du romantisme et de sa musique. Il est toujours difficile de succéder à une personne à qui une manifestation s’est identifiée avec tant de force et d’évidence ; il faut savoir en assurer la continuité – comme le renouveau – en restant fidèle à l’idéal de son co-créateur.

L’équipe nouvelle adhère pleinement au concept qui a fait le succès et la popularité des Lisztomanias : promouvoir la musique et la personnalité de Liszt, comme de ses entourages, dans une manifestation au fort enracinement local mais de rayonnement national et international.

C’est une belle mission dont la mise en œuvre n’est rendue possible que par l’extraordinaire dévouement des bénévoles, qui ne comptent ni leur temps ni leur énergie depuis de nombreuses années pour faire des Lisztomanias un succès. Elle justifie le soutien constant, moral comme matériel, des collectivités locales concernées, à commencer par la ville de Châteauroux que nous ne saurions trop remercier de son indéfectible assistance. Elle se concrétise par la fidélisation d’un public confiant dans la diversité comme dans la qualité des programmes proposés, mais qu’il faut aujourd’hui encore accroître.

Il nous est permis d’espérer : Liszt est de nos jours plus que jamais d’actualité. « Franz Liszt, notre contemporain » pourrait-on dire.

Je ne parle ici ni de son génie musical, évident pour tous, ses pairs, ses interprètes comme le public ; ni de la nature visionnaire de sa création, qui ouvre la voie à la musique de l’avenir et constitue la matrice de toute la création musicale occidentale pour les siècles qui suivront.

Je parle de sa personnalité exemplaire, qu’il est nécessaire d’exalter encore et toujours.

Liszt est en effet l’un des derniers esprits humanistes universels, caractéristique éminente et précieuse à une époque comme la nôtre où règne la spécialisation réductrice, aux horizons bornés. Interprète virtuose, compositeur de génie, enseignant né, écrivain, poète, polyglotte, sensible à toutes les créations et constructions de l’esprit humain : comment ne pas admirer, après s’en être émerveillé, ces facettes multiples mais toutes d’excellence, qui effacent les frontières de la pensée et de la création, comme aucune frontière n’arrêtera les incessants voyages de Liszt ? Comment ne pas compter Liszt, au même titre que son ami Delacroix, au nombre de ces Phares dont Baudelaire nous chante la louange passionnée ? Comment ne pas s’émouvoir devant cette science et cette érudition mises au service d’une générosité débordante, dont tant d’actions de sa vie témoigneront à l’envi ?

La personnalité de Liszt est marquée au coin de la tolérance et de la bienveillance à l’égard de son prochain. Doué de la faculté de pardonner et d’une absence totale de ressentiment, marque du surhomme nietzschéen, Franz Liszt est à l’aise partout et dans tous les milieux, au sein de la plus haute aristocratie européenne comme parmi les paysans berrichons ou hongrois.

Son esprit est en quête perpétuelle d’absolu mais sans perdre le contact avec le réel. En atteste sa relation complexe, mais permanente et incroyablement profonde à la foi. Loin des piétés factices et des pharisianismes, la foi de Liszt sait être démonstratrice comme discrète, voire parfois sujette à des doutes vertigineux. Mais elle est toujours présente ; source d’inspiration de premier ordre, elle affleure constamment dans son propos, tantôt descriptif et réaliste, tantôt d’une insondable abstraction.

Liszt est enfin l’Européen par excellence.

Il est en lui-même une synthèse de la diversité créatrice de notre continent, au croisement de l’Europe centrale dont il est issu, de l’Europe de l’Ouest où il a pour l’essentiel vécu, de celle du Nord et du Sud qu’il a longuement parcourues. Hongrie, France, Allemagne et Italie, et même Autriche d’aujourd’hui car son village natal, alors hongrois, est après la première guerre mondiale inclus dans le territoire de la république alpine : tous ces pays ont revendiqué ou revendiquent encore leur lien avec Liszt jusqu’à l’appartenance de ce dernier à leur nationalité.

C’est presque un paradoxe que de voir, au sein d’un romantisme souvent révélateur des identités nationales, et ceci souvent au moyen de la musique, voire le déclencheur des nationalismes, un compositeur de premier ordre qui est tout le contraire d’un nationaliste. Certes très fidèle à ses origines hongroises, il est de tous les romantiques celui qui se nourrit le plus et le mieux des œuvres musicales, picturales ou littéraires issues d’autres cultures que celle dans laquelle il est né. Quelle admirable illustration de cette situation, que de voir ce musicien composer des mélodies en autant de langues différentes : sans doute un cas unique dans l’histoire de la musique.

Le message d’énergie positive européenne que porte Liszt est plus que jamais nécessaire dans nos périodes de scepticisme ou même de franche hostilité à l’égard de l’Europe et de l’idée européenne.

Cette idée européenne semble aujourd’hui singulièrement manquer d’incarnations positives et exemplaires, démontrant sa légitimité pour l’avoir illustrée par leur vie, leur action, leur destin. C’est éminemment le cas de Franz Liszt. Presque au même titre que son génie de compositeur et d’interprète, cela justifie largement qu’on en célèbre et diffuse la mémoire de ce génie universel.

Les Lisztomanias de Châteauroux, à leur modeste niveau, mais avec l’enthousiasme de leur public comme de leurs organisateurs et soutiens, continueront d’y contribuer avec une conviction toujours renouvelée.

François-Roger Cazala – Président de l’Association des Lisztomanias de Châteauroux



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En 1835, Franz Liszt publie à Paris une série d’articles sur la condition des musiciens et sur le rôle « humanitaire » qu’ils doivent, à son sens, jouer dans la société. Ces articles ont fait date dans l’histoire de l’art, car, pour la première fois, un compositeur et qui plus est la première super-star de l’histoire de la musique à grande échelle, faisait entendre sa voix sur la place publique pour défendre le statut du musicien et son rôle de guide de la société. Dans ses articles intitulés De la situation des artistes, et de leur condition dans la société, Liszt défend le rôle philanthropique et « humanitaire » de l’artiste face au peuple et notamment face aux plus démunis. Influencé par les philanthropes des années 1820-1830 et par le Saint-Simonisme, il fait sienne leur devise qu’il professera jusqu’à la fin de sa vie : « l’amélioration du sort Moral, physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre » – c’est la base des grands récits, des chantiers sociaux et culturels jusqu’au XXe siècle.